La date approche ! Les billets d’avions sont achetés depuis un moment, et vous voilà en pleine préparation de votre voyages au bout du monde ! Vous avez lu partout que la faune et la flore sont exceptionnelles en Nouvelle-Zélande (c’est vrai) et que les forêts, plages et parcs nationaux, à l’inverse de leurs voisins australiens, sont peuplés d’espèces aussi agréables qu’inoffensives. Il est vrai qu’il n’y a pas vraiment de quoi s’effrayer d’un kiwi ou d’un mouton, et il est probable que l’animal le plus dangereux que vous trouverez sur ce territoire soit la vache !
Ici, pas d’insectes au venin mortel, pas de nuées de mouche mordeuses, et pas de moustique tigre. Ouf ! On va pouvoir se promener tranquillement. Ou presque. Il est tout de même une petite créature qui, si elle n’est pas dangereuse, est fortement désagréable et a le potentiel de faire fuir les plus braves devant les désagréments apportés par sa piqûre : la redoutées sandfly. On vous explique comment se protéger au mieux de ces petits diables volants et ne pas succomber aux démangeaisons de leurs morsures !
Comprendre l’ennemi
« Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait », disait Sun Tzu dans son Art de la guerre. Appliqué aux sandflies c’est peut-être un peu plus délicat : l’ennemi est petit et insaisissable ! Mais il est vrai que le connaître mieux pourra aider à s’en prémunir. Voici donc de quoi mieux cerner ces petits nuisibles qui peuvent vite devenir un cauchemar pour les touristes.
Qu’est-ce qu’une sandfly ?
Petits insectes de 2 à 3 mm de long qui appartiennent au genre Austrosimulium, il en existerait 18 espèces en Nouvelle-Zélande. Mais rassurez-vous : seules trois s’intéressent au sang humain (et c’est déjà bien assez !).
Le mot « sandfly » apparaît dès 1773, dans le journal de James Cook lors de son exploration de Dusky Sound ; il y explique que « les animaux les plus malfaisants sont ici les petites sandflies noires, qui sont très nombreuses et si pénibles qu’elles dépassent tout ce que j’ai pu rencontrer jusque-là. Partout où elles mordent, la peau gonfle et démange de manière si intolérable qu’il est impossible de ne pas se gratter, ce qui finit par causer des plaies similaires à celles de la petite variole ». Je pense que Cook exagérait un peu quand même !

Image générée par IA
Où les trouve t-on ?
Les sandflies prolifèrent dans le bush et près de l’eau, à la plage, en bord de lac ou près de marais. Autant dire un peu partout ! Elles sont notamment (et malheureusement pour nous !) très présentes dans les sounds de la région de Fiordland : Dusky Sound, Doubtful Sound et Milford Sound
En 1851, le cartographe John Lort Stokes avait en première intention nommé Doubtful Sound « Bloodsucker Sound » (le sound aux suceurs de sang) ! On trouvera également dans ses notes un « Venom Point » (la pointe du venin) et un « Sandfly Bay » (la baie des sandflies). Non loin de là, le point d’arrivée du célèbre Milford Track, dans le non moins célèbre Milford Sound, se nomme encore aujourd’hui « Sandfly Point ».
Impensable de ne pas visiter cette région qui compte parmi les plus belles du pays, il faut donc apprendre à affronter ces bestioles affamées.
[Lire notre article sur Milford Sound VS Doubtful Sound]
Pourquoi elles mordent ?
Comme pour les moustiques – tous deux appartiennent au même ordre, celui des diptères- , le sang récolté lors de la morsure constitue une source de protéines pour compléter la maturation de ses œufs. Une sandfly non nourrie pondra une moyenne de 12 œufs, alors que la consommation d’une simple goutte de sang multipliera ce nombre par 10 ! Une sandfly bien nourrie peut donc laisser derrière elle plusieurs centaines de descendants…
Pourquoi ça gratte et comment gérer les piqûres ?
Les femelles attaquent les vertébrés comme les manchots ou autres oiseaux, chauve-souris, otaries, animaux domestiques et humains. En piquant la peau, elles injectent de la salive dans le corps de leurs victimes afin d’assurer que le sang récolté ne coagule pas dans leurs corps. Comme pour les moustiques, ce sont les substances contenues dans leur salive qui causent les fameuses démangeaisons.
Contrairement à d’autres espèces présentes dans d’autres pays, les sandflies de Nouvelle-Zélande ne transmettent pas de maladies. Il n’empêche que les piqûres sont désagréables, surtout quand on n’y a jamais été exposé auparavant et que notre système immunitaire n’est pas préparé !
Voici nos astuces pour passer des vacances le plus tranquilles possible :
Se protéger au bon moment
Tout d’abord, il faut savoir quand l’ennemi est le plus féroce ! Les sandflies ne volent pas la nuit, dès que le soleil se couche, on ne risque donc plus rien. C’est à l’aube et au crépuscule qu’il faut se méfier de leurs attaques vivaces. Par temps venteux on ne risque rien, car leur petite taille les rend tout bonnement incapable de faire face aux bourrasques, mais soyez sur vos gardes si le temps est couvert, nuageux et humide car c’est dans ces conditions que les sandflies sont le plus actives et ce tout au long de la journée !
Bouger, bouger !
Pour éviter les piqûres, le plus sûr est encore d’être constamment en mouvement. Une légende maori dit que suite à la création des paysages du Fiordland par le dieu Tu-te-raki-whanoa, les gens étaient si émerveillés qu’ils n’arrivaient plus à travailler, ne pouvant s’empêcher d’admirer le paysage. La déesse Hinenuitepo, en colère après ces personnes non productives, créa les sandflies pour punir la paresse et inciter les gens à s’activer. Et cette théorie tient la route ! Car globalement, quand on est en mouvement, les sandflies nous laissent en paix.
Porter les bons vêtements
Une autre astuce est de se couvrir, et ici, pas besoin de chercher des vêtements amples comme quand on veut se protéger des moustiques : les sandflies sont incapables de mordre à travers du tissu, même fin. Les sandflies semblent être attirées par les couleurs sombres, donc optez pour des couleurs pâles ou claires (et incitez votre partenaire de randonnée à mettre ce superbe t-shirt noir qui lui va si bien 🙂).
Utiliser un répulsif
Comme on ne peut pas toujours être couvert de la tête aux pieds ou être constamment en train de faire les 100 pas, un répulsif anti-insecte peut être un bon allié. Préférez ceux achetés sur place, plus adaptés aux espèces locales. Ceux contenant du DEET diethyl toluamide ou du DIMP dimethyl phthalate sont les plus efficaces.
Les bougies ou spirales à la citronnelle sont en théorie des répulsifs efficaces, mais elles ne font le plus souvent pas le poids face au nombre de sandflies à repousser.
Faire le plein de vitamines
Il semblerait que faire une cure de vitamine B pourrait aider à minimiser les réactions de votre système immunitaire. Ça vaut le coup d’essayer !
Be a « brusher », not a « slaper »
Dernier conseil pour la route : réfrénez vos envies de vengeance quand les sandflies se posent sur vous : il semblerait qu’il soit plus efficace et plus sûr de les repousser en faisant glisser sa main sur sa peau (« brush them off ») plutôt que de se donner des claques (« slaps ») dans l’espoir de les écraser. C’est d’ailleurs comme ça que les locaux distinguent les touristes des habitués : les habitués sont des « brushers », tandis que les touristes sont des « slappers ». Si vous voulez affronter les sandflies comme des locaux, pensez-donc « brush » plutôt que « slap ».
Comment apaiser les piqûres
On ne veut pas vous faire peur, mais il est fort probable que malgré toutes ces précautions vous soyez victime de ces minuscules vampires à 6 pattes. Il n’y a alors malheureusement pas grand-chose d’autre à faire que de prendre son mal en patience, mais il existe tout de même quelques astuces pour diminuer ce dernier.
Remèdes traditionnels
Traditionnellement, les Māori utilisaient les feuilles de ngaio (Myoporum laetum) concassées pour repousser moustiques et sandflies. Ils imbibaient aussi leur corps d’huile et de kōkōwai (ocre rouge) lorsqu’ils travaillaient nus dans les champs. Pour apaiser les piqûres, c’est plutôt le jus de feuilles de ngaio qui était utilisé, ou celui de fougère rarauhe (Pteridium esculentum). Il ne reste plus qu’à devenir un expert de la flore locale pour repérer ces plantes dans vos promenades et concocter vos propres remèdes !
Remèdes modernes
Si l’on ne veut pas réveiller le botaniste qui sommeille en nous, on pourra avoir recours à des traitements plus modernes : des crème antihistaminique, ou, pour les cas les plus sévères, une pilule antihistaminique, ou même une crème à base de cortisone devrait être efficace.
Remèdes naturels
Côté remèdes naturels, le plus simple reste encore l’application de froid (glaçons ou les classiques petits pois surgelés, enveloppés dans un tissu pour ne pas abîmer la peau). Les huiles essentielles de menthe ou de tea tree – ces huiles peuvent s’utiliser pures en petites quantités mais il est toujours recommandé de les diluer dans une huile neutre – peuvent également apporter un soulagement temporaire (attention, si on s’est gratté et qu’il y a une plaie, ça pique !).
Remède système D
Le menthol de manière générale apaise les piqûres, donc si on n’a que le stricte minimum sur soi on peut même tenter d’utiliser de la pâte de dentifrice. Enfin, des lotions à base de calamine peuvent s’avérer efficaces pour calmer les démangeaisons.
Dans tous les cas, évitez de vous gratter autant que possible, car cela risquerait de créer des micro-coupures dans votre peau et laisser ainsi passer des bactéries qui pourraient causer une infection de la plaie.
Bonne chance ! Et rappelez-vous que malgré tout, une piqûre ou deux (ou 27) reste un petit prix à payer pour profiter de paysages aussi extraordinaires que ceux que nous offre la Nouvelle-Zélande !
Article écrit par Manon Cousin, 2024